La pandémie de COVID-19 et la reconstruction en mieux des établissements de soins de longue durée du Canada

La pandémie de COVID-19 et la reconstruction en mieux des établissements de soins de longue durée du Canada
23 juillet 2020

Women in Global Health Canada

Building Back Better

Dre Beverly Johnson, MD CCFP
Présidente, Comité de lancement de WGH Canada

Dre Barbara Astle, PhD, IA
Membre, Comité de lancement de WGH Canada

Dre Djenana Jalovcic, EdD
Membre, Comité de lancement de WGH Canada

Muriel Mac-Seing, doctorante en santé publique (option santé mondiale)
Membre, Comité de lancement de WGH Canada

Les établissements de soins de longue durée (SLD) du Canada dans la plupart des provinces ont été dévastés par la pandémie de COVID-19. Bien que les taux de mortalité globaux liés à la COVID-19 au Canada étaient relativement faibles par rapport aux autres pays de l’OCDE, le Canada affichait la plus forte proportion de décès dans les établissements de SLD1. Il est essentiel que nous nous préparions maintenant à une deuxième vague de pandémie et que nous protégions notre population vieillissante des futures pandémies. Si nous voulons réussir à « reconstruire en mieux » dans les établissements de SLD du Canada, il est essentiel de protéger notre valeureuse, respectée et bien aimée population vieillissante. De même, les questions de genre doivent également être abordées. La pandémie de COVID-19 a révélé de graves vulnérabilités, telles que des niveaux de personnel inadéquats pour fournir des soins appropriés aux personnes âgée 2, et la nature sexospécifique de la crise dans ces établissements de soins, étant donné que les résidents et les soignants sont majoritairement des femmes 3.

Lors de l’exposé du Directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, le 11 mars 2020, le monde a entendu l’OMS déclarer une pandémie avec, déjà à cette date, plus de 118 000 cas dans 114 pays et 4291 personnes ayant perdu la vie. Selon ses propres termes : « Certains pays sont aux prises avec un manque de capacités; d’autres avec un manque de ressources; et plusieurs autres avec un manque de détermination. » 4  Au cours des presque quatre mois qui ont suivi cette déclaration, le virus de la COVID-19, le premier coronavirus à avoir provoqué une pandémie, s’est propagé dans 188 pays, avec 12 821 887 cas confirmés et 567 101 décès 5.

Les soins de longue durée sont un service essentiel pour notre population vieillissante et pour ceux qui ont besoin de soins médicaux et infirmiers complexes 24 heures sur 24. Le coronavirus infectieux s’est propagé rapidement dans les établissements de SLD canadiens, infectant à la fois le personnel et les patients. Bien que les statistiques sur la propagation du coronavirus dans les établissements de SLD ne soient pas facilement accessibles, en mai 2020, plus de 840 éclosions avaient été signalées avec des conséquences dévastatrices 1,6. On estimait en mai que 82% de tous les décès signalés au Canada étaient dans des établissements de SLD 1.

Les Canadiens ont suivi les nouvelles en apprenant les multiples défis auxquels font face les établissements de SLD partout au pays. Ces défis incluaient des chambres à plusieurs lits qui ne permettaient pas d’espacement entre les résidents avec une propagation rapide du virus. Avant la COVID-19, l’un des plus grands défis dans le secteur des soins de longue durée était l’insuffisance des effectifs, ce que la pandémie a exacerbé. À la fin du mois de mai, près de 10 000 prestataires de soins de longue durée avaient la COVID-19 et neuf en étaient décédés, ce qui a entraîné une augmentation de l’absentéisme et une pénurie de personnel5.

La prestation de soins est toujours considérée comme un domaine de femmes, et le travail des aidants informels et formels est sous-apprécié, non rémunéré ou en cas d’emploi rémunéré, sous-rémunéré3. Un exemple de sous-valorisation du travail et de la vie des aidants est la pénurie d’équipements de protection individuelle (EPI) à laquelle beaucoup d’entre eux sont confrontés. De plus, de nombreux prestataires de soins de longue durée ont été contraints de travailler dans plusieurs foyers de soins de longue durée simplement pour gagner un salaire décent, car les emplois dans les établissements de SLD sont principalement des postes à temps partiel ou occasionnels à bas salaire sans avantages sociaux. Ce fut un autre facteur ayant contribué à la propagation. Après la propagation rapide du coronavirus, de nombreuses provinces du Canada ont limité l’emploi des aidants à un seul milieu1. Le gouvernement fédéral et certains gouvernements provinciaux ont augmenté le salaire des travailleurs de première ligne des établissements de SLD. Pour répondre à l’urgence dans les établissements de SLD, les gouvernements de l’Ontario et du Québec ont appelé les Forces armées canadiennes à s’y déployer.

Nos militaires ont fourni un soutien indispensable aux foyers de soins de longue durée en Ontario et au Québec, ce dont nous sommes reconnaissants. Les membres du personnel étaient des héroïnes et des histoires ont été partagées sur des travailleurs qui ont emménagé dans les foyers pour combler les lacunes en matière de soins et réduire la probabilité d’infecter les résidents.

De nombreux Canadiens, y compris l’équipe de WGH Canada, demandent que le travail d’aidant soit reconnu par le biais d’un emploi à temps plein avec des avantages qui correspondent à la valeur de leur importante contribution et créent un meilleur environnement de travail. Nous devons garantir l’accès aux EPI et une formation appropriée sur la prévention et le contrôle des infections. Nous devons également tenir compte du ratio personnel/résident et nous assurer qu’il est adéquat et sécuritaire pour les résidents des établissements de SLD. Étant donné que la plupart des travailleurs de soins de longue durée sont des femmes, une question d’équité entre les sexes dans leur rémunération doit être abordée. Il est important que ces travailleuses de la santé aient une place à la table des dirigeants pour faire entendre leur voix sur les changements nécessaires.

Il est temps de reconstruire en mieux et il y a de nombreuses priorités : des chambres privées, de meilleures conditions de travail, des ratios effectifs/résidents adéquats, une discussion importante sur la rémunération et des horaires adéquats, sans oublier que ces travailleuses peuvent et doivent être à la table des dirigeants. Sur le plan mondial, 70% des personnels de santé sont des femmes et pourtant seulement 25% des dirigeants sont des femmes. La directrice exécutive de Women in Global Health, la Dre Roopa Dhatt, déclare : « la pandémie de COVID-19 a révélé les carences de nos systèmes de santé et de soins sociaux qui ont laissé nos citoyens les plus vulnérables, en particulier les personnes âgées dans les maisons de soins, exposés à l’infection dans de nombreux pays. » « Reconstruire en mieux » signifie repenser la valeur sociale du travail et accorder une valeur beaucoup plus élevée aux travailleurs de la santé et des services sociaux, principalement des femmes, qui prennent soin de nous tous. En réponse aux efforts de récupération liés à la COVID-19, Women Deliver recommande dix actions pour construire un monde plus fort et plus égalitaire en matière de genre.7 Elles exhortent les gouvernements, le secteur privé, la société civile et les organisations multilatérales à utiliser ces recommandations et à appliquer une perspective sexospécifique aux efforts de réponse, de préparation et de récupération concernant la COVID-19.

Au Canada et partout dans le monde, valorisons nos aînés, respectons leurs prestataires de soins de santé. WGH Canada exhorte les dirigeants à RECONSTRUIRE EN MIEUX avant la deuxième vague de la pandémie.


1. Hsu AT, Lane N, Sinha SK, et al. «Impact of COVID‐19 on Residents of Canada’s Long‐Term Care Homes — Ongoing Challenges and Policy Responses. International Long Term Care Policy Network. LTC Responses to COVID‐19», https://ltccovid.org/wp-content/uploads/2020/05/LTCcovid-country-reports_Canada_Hsu-et-al_May-10-2020.pdf. Publié en 2020. Mis à jour le 10 mai 2020. Consulté le 12 juillet 2020.

2. Association des infirmières et infirmiers du Canada (AIIC) [2020]. « Vision de 2020 : améliorer les soins de longue durée pour les personnes au Canada», https://www.cna-aiic.ca/fr/salle-des-nouvelles/communiques-de-presse/2020/laiic-enjoint-les-gouvernements-a-reorganiser-les-soins-de-longue-duree-afin-de-corriger-les-vulnerabilites#sthash.GQ3TvNhJ.dpuf.  

3. Estabrooks, C. A. & Keefe, J. COVID-19 «La crise dans les établissements de soin est sexospécifique. (2020, 19 mai). Institut de recherche sur les politiques publiques», consulté le 12 juillet 2020 https://policyoptions.irpp.org/fr/magazines/may-2020/la-crise-dans-les-etablissements-de-soins-est-sexospecifique/

4. Organisation mondiale de la santé (OMS) [2020]. Allocution liminaire du Directeur général de l’OMS lors ‎du point presse sur la COVID-19 — 11 mars 2020. Consulté le 8 juillet 2020. https://www.who.int/fr/dg/speeches/detail/who-director-general-s-opening-remarks-at-the-media-briefing-on-covid-19---11-march-2020

5. Johns Hopkins Coronavirus Resource Centre. Consulté le 12 juillet 2020 https://coronavirus.jhu.edu/map.html

6. Institut canadien d’information sur la santé, « La pandémie dans le secteur des soins de longue durée : Où se situe le Canada par rapport aux autres pays? » Ottawa, ON : ICIS; 2020. https://www.cihi.ca/sites/default/files/document/covid-19-rapid-response-long-term-care-snapshot-fr.pdf

7. Iversen, K. (2020), «Applying a gender lens to COVID-19 response and recovery», https://medium.com/@Katja_Iversen/applying-a-gender-lens-to-covid-19-response-and-recovery-2fe19255746f