Thème 2019

Thème 2019

Gouvernance pour la santé mondiale : Pouvoir, politique et justice

 

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La 25e Conférence canadienne sur la santé mondiale (CCSM) portera sur le thème de la gouvernance pour la santé mondiale en tenant compte de l’importance de la responsabilisation et l’influence du pouvoir et de la politique sur la santé. Les investissements et les politiques publiques visant à améliorer la santé et les déterminants de la santé sont bénéfiques à tous et aident les sociétés à prospérer.

Les gouvernements ont la responsabilité fondamentale de protéger, de promouvoir et d’atteindre le niveau le plus élevé en matière de santé physique et mentale des populations[1]. Le secteur privé, par le biais d’une gouvernance éthique et responsable d’entreprise, doit également prendre en compte la santé et le bien-être des communautés environnantes. La société civile a besoin d’espaces sécuritaires pour demander des comptes au gouvernement et au secteur privé, un espace qui permet une critique constructive, sans peur de représailles.

La gouvernance en santé mondiale fait référence à un large éventail de fonctions pouvant être assumées par les décideurs et les gouvernements, le secteur privé, les communautés et la société civile dans la poursuite de leurs objectifs politiques et opérationnels. Cela implique la recherche d’un équilibre entre les influences et les demandes concurrentes dans des environnements complexes et changeants de santé mondiale.

La bonne gouvernance est considérée comme l’un des éléments clés constitutifs de tout système de santé, car elle permet de garantir la mise en place de politiques adéquates, d’un contrôle efficace et de mécanismes solides de responsabilisation[2]. La gouvernance assure la responsabilisation en mettant en place : des structures, des règles et des processus pour les organisations du secteur de la santé; des mécanismes indépendants de surveillance, de suivi, d’examen et d’audit; la disponibilité et publication transparentes des politiques, règlements, plans, rapports et comptes; et l’ouverture à la surveillance par les représentants politiques et la société civile[3].

Lorsque la gouvernance est faible, les systèmes de santé risquent de devenir vulnérables à la corruption. La corruption pèse lourdement sur les budgets de la santé publique, nuit à l’accès équitable aux services de santé et à la qualité des soins. En bref, la corruption est une menace sérieuse pour les objectifs de santé mondiale. La transparence par le biais de mécanismes solides de responsabilisation aide à exposer une telle corruption.

Il y a quatre (4) thèmes transversaux servant de ponts et de liens entre tous les sous-thèmes :

  1. Genre — La gouvernance et le pouvoir sont inextricablement liés au genre. Maintenant plus que jamais, avec les mouvements nationaux et internationaux œuvrant à améliorer et à reconnaître les inégalités entre les sexes et ses répercussions sur la santé mondiale et d’autres domaines, il sera essentiel d’explorer les approches permettant de resserrer les écarts, d’adopter le féminisme, d’améliorer la santé maternelle, néonatale et infantile, de même que la santé et les droits sexuels et reproductifs.
  2. Équité — S’assurer que la bonne gouvernance et ses résultats aient un impact sur les individus et les communautés qui en ont le plus besoin est essentiel pour une mise en œuvre efficace et appropriée menant à l’équité par la conception de résultats et de méthodes intégrant les impacts de l’intersectionnalité pour et avec les populations vulnérables et désavantagées.
  3. Données probantes — La politique et le pouvoir reflètent souvent la volonté et les mouvements collectifs des communautés. Cependant, une bonne gouvernance devrait également exploiter les meilleures données probantes pour aider à éclairer la prise de décision. En ces temps caractérisés par la facilité d’accès de l’information, des mines de ressources et de données à portée de doigts et le domaine en pleine expansion de l’intelligence artificielle, la pratique fondée sur des données probantes est cruciale.
  4. Durabilité — Le changement climatique est sans doute l’un des défis les plus importants de la santé mondiale abordé à différents niveaux de gouvernance. Les impacts à long terme et la viabilité des résultats des décisions doivent concilier développement et progrès humains à durabilité de l’environnement et de la biodiversité.

Les sous-thèmes qui seront explorés comprennent :

  1. Mondialisation, gouvernance et diplomatie pour la santé
  2. Responsabilisation, transparence et mécanismes de gouvernance
  3. Paix, conflits et gouvernance
  4. Partenariats public-privé et gouvernance
  5. Promotion de la gouvernance par l’activisme, le plaidoyer et la mobilisation à la base
  6. Action intersectorielle pour la gouvernance et les politiques

Joignez-vous à nous pour l’édition 2019 de la CCSM!

La Conférence canadienne pour la santé mondiale de 2019 accueille chaleureusement les chercheurs, décideurs, praticiens, étudiants et parties prenantes de tous les secteurs pour un échange significatif de connaissances basées sur des données probantes dans le but de progresser collectivement.

Les membres de la communauté de la santé mondiale apprendront les uns des autres par le biais d’enseignements, de politiques et de pratiques reflétant comment la santé des populations a été influencée par une bonne gouvernance et/ou une responsabilisation renforcée, et comment ces résultats affectent et atteignent également tous, sans laisser personne pour compte.

SOUS-THÈMES:

Mondialisation, gouvernance et diplomatie pour la santé

La diplomatie en matière de santé mondiale regroupe les disciplines de la promotion de la santé, de la santé publique, de la médecine clinique, des affaires internationales, de la gestion, du droit et de l’économie. Elle se concentre sur les négociations qui façonnent et gèrent le climat politique mondial dans le domaine de la santé. La relation entre la santé, la politique étrangère et le commerce est à la fine pointe de la diplomatie en matière de santé mondiale[4]. L’Organisation mondiale de la santé affirme qu’il est important d’adopter une approche plus systématique et proactive pour identifier et comprendre les principaux changements actuels et futurs ayant une incidence sur la santé publique mondiale.

La mondialisation, les politiques mondiales et la capacité de négocier et de collaborer entre les pays peuvent avoir un impact significatif et à long terme sur la santé publique mondiale. En particulier, le sous-thème abordera plus en détail le rôle du pouvoir et des inégalités mondiales de pouvoir dans les négociations ayant trait à l’état de la santé publique mondiale, notamment la nécessité d’apporter des perspectives plus diverses comme le genre, la géographie et la race. Il examinera également les approches actuellement mises en œuvre, les défis et les opportunités de coopération et l’action collective mondiale en faveur de la santé publique mondiale.

Les domaines d’intérêt incluraient, sans toutefois s’y limiter :

  • Mondialisation et santé publique mondiale
  • Diplomatie en matière de santé mondiale
  • Règlement sanitaire international (RSI)*[5]
  • Déclarations mondiales et appels à l’action (par exemple, couverture sanitaire universelle et soins de santé primaires - Déclaration d’Astana)
  • Mondialisation, commerce et santé
  • Gouvernance en santé mondiale et programme féministe

 

Responsabilisation, transparence et mécanismes de gouvernance

La bonne gouvernance dans tous les secteurs favorise la prise de décision basée sur des données probantes, la transparence, la responsabilisation et l’inclusion. La responsabilisation facilite l’établissement de priorités, le suivi transparent des résultats et la surveillance adéquate du rendement. « La responsabilisation dans la prestation de services peut être conçue comme un processus par lequel les communautés et les ménages peuvent tenir les prestataires responsables de la pertinence et de l’efficacité des services qu’ils offrent. »[6]

Les praticiens, qu’ils soient des secteurs gouvernemental, universitaire ou non gouvernemental, doivent être responsables de la qualité, de l’équité, de la pertinence et de l’efficacité de leur propre pratique, mais également du système dans lequel ils travaillent. La Déclaration de Tunis au Sommet mondial sur la responsabilité sociale en 2017 a mis en exergue une volonté de répondre aux besoins mondiaux en personnels de santé par le biais de la formation, de la recherche et de la pratique, de l’accréditation, du plaidoyer et de la justice sociale. Toutefois, nous savons que le travail est généralement accompli par les femmes et dirigé par les hommes[7].

Les lignes directrices de la responsabilisation sont souvent mal définies, établies et institutionnalisées. Les données probantes semblent également indiquer que la corruption dans le secteur de la santé a un effet disproportionné sur les populations défavorisées, affaiblissant ainsi le potentiel d’équité en matière de santé.

Les domaines d’intérêt incluraient, sans toutefois s’y limiter :

  • Responsabilisation (niveaux local, national et mondial - par exemple, renforcement des capacités du niveau national au niveau local afin d’encourager l’utilisation de données et d’informations pour la prise de décision)
  • Mesure, suivi et mise en place de mécanismes de transparence, de lutte contre la corruption et de développement éthique, ainsi que de pratiques et programmes de recherche
  • Équité en matière de santé : comment les politiques et les programmes affectent-ils ceux qui en ont le plus besoin?
  • Comment identifier, mesurer et comptabiliser les inégalités et l’efficacité de l’équité? Comment cela améliore-t-il la gouvernance et la responsabilisation?
  • Quelles sont les mesures de responsabilisation pour la bonne gouvernance qui fonctionnent et quels sont les défis et les mécanismes d’atténuation?
  • Quel est le rôle de la gouvernance des systèmes de santé en termes de corruption? Le secteur de la santé est particulièrement vulnérable à la corruption en raison des coûts de mise en œuvre, de la complexité technique et des exigences scientifiques, ainsi que des connaissances et des informations asymétriques entre les patients, les fournisseurs et les prestataires de services.

 

Paix, conflits et gouvernance

L’échec des systèmes de gouvernance et les inégalités et vulnérabilités créées entraînent inévitablement des conflits, que ce soit aux plans intra ou inter-états-nations. Comment les plus vulnérables sont-ils protégés en période de crise humanitaire? Quel est le rôle du pouvoir nordique et des approches de résolution de conflits? Quand avons-nous le droit d’invoquer le devoir de protéger? Comment luttons-nous contre la marginalisation complète des femmes dans les processus de paix, étant donné qu’elles continuent d’être les plus touchées? Pour les plus vulnérables, la réponse au conflit est souvent la fuite de la situation de crise et la migration devient donc un élément clé de la discussion.

Ce sous-thème examinera de quelle manière les systèmes de gouvernance et l’allocation de ressources basée sur des données probantes créent dans les pays les conditions favorables au conflit ou à la paix. Ceci ne se limitera pas à la gouvernance des systèmes de santé, mais inclura et incorporera d’autres systèmes qui interagissent avec les systèmes de santé.

Les systèmes de gouvernance qui assurent la participation et le leadership des femmes contribuent à la stabilité et à une paix durable. Ils se caractérisent par la promotion : de processus participatifs inclusifs qui permettent à leurs citoyens de connaître et de comprendre les données probantes et de participer à la prise de décision; des systèmes de responsabilisation garantissant une mise en œuvre transparente et équitable; et du maintien du niveau de capacité nécessaire pour poursuivre cette gouvernance.[8]

Les domaines d’intérêt incluraient, sans toutefois s’y limiter :

  • L’enjeu de la gouvernance et de la responsabilisation dans les situations d’urgence, en particulier dans les conflits armés où il n’y a pas de règles ou d’application des mesures de responsabilisation. Comment les gouvernements établis font-ils preuve de responsabilité dans de telles situations?
  • Quel est l’impact des conflits et des crises aux niveaux national et régional sur les migrations et les déplacements internes, y compris le rôle des cadres de protection des droits de la personne?
  • Une gouvernance transparente peut-elle atténuer les conflits et les structures inéquitables de pouvoir?
  • Comment la nature sexospécifique des processus de paix et de sécurité affecte-t-elle la santé et les systèmes de santé?
  • Quel est le rôle des processus vérité et réconciliation pour un avenir durable et paisible?

 

Partenariats public-privé et gouvernance

Les théories contemporaines de la gouvernance en matière de santé mettent l’accent sur le rôle des acteurs tant gouvernementaux que non étatiques[9]. La bonne gouvernance est complexe, imparfaite et dynamique. Elle ne garantit pas nécessairement que, si certains de ses éléments sont en place, les objectifs politiques clés seront atteints.

Les principes et pratiques de la responsabilité sociale des entreprises (RSE), souvent considérés comme des partenariats public-privé, constituent un élément important de la gouvernance et de la responsabilisation en matière de santé mondiale. Celles-ci doivent être explorées de manière plus approfondie avec les axes de la santé et du développement humain. La RSE est généralement considérée comme une réponse des entreprises aux défis sociaux et environnementaux, souvent à la suite d’interactions avec la société civile. Elle exprime le désir des entreprises de créer de la valeur pour elles-mêmes et pour la communauté en investissant dans le mieux-être de la main-d’œuvre et des familles ainsi que dans les communautés dans lesquelles elles opèrent[10]. Dans certains cas, la RSE se situe au croisement des secteurs privé et public qui en profitent mutuellement.

Les stratégies visant à satisfaire à la responsabilité sociale des entreprises et à mener à la réussite des partenariats public-privé fonctionnent selon le concept connu sous le nom de « triple bilan » social, environnemental (ou écologique) et financier. Ces trois éléments sont également appelés les trois P : personnes, planète et profit, ou les « trois piliers de la durabilité » pour les entreprises.[11]

 

Promouvoir la gouvernance par l’activisme, le plaidoyer et la mobilisation à la base

La gouvernance pour la santé aux niveaux régional, national et international fait l’objet de nombreuses recherches. La gouvernance locale en matière de santé, qui s’intéresse particulièrement au rôle des acteurs et institutions locaux tels que les organisations communautaires, les groupes de femmes, les associations de jeunes et les acteurs de la société civile, est moins documentée, mais a un impact important sur la manière dont la gouvernance réagit à l’engagement civil et l’intègre[12].

Reconnaissant le caractère changeant, dynamique et globalisé du monde dans lequel nous vivons, le rôle que l’activisme, le plaidoyer et la mobilisation à la base jouent dans les structures de gouvernance revêt un intérêt particulier et a une incidence sur les politiques, les programmes et le financement de la santé au Canada et dans les autres pays. De même, cela inclut des processus permettant un engagement significatif et essentiel entre la société civile et les organes de gouvernance, ainsi que des mécanismes durables permettant de garantir la transparence des institutions de gouvernance. Plus précisément, comment faire en sorte que les voix, en particulier celles des femmes et des groupes marginalisés, jouent un rôle plus important dans la définition des priorités en santé mondiale, dans l’élaboration d’une stratégie globale et d’un cadre global pertinent pour de nombreux pays à l’exemple des objectifs de développement durable?

 

Action intersectorielle pour la gouvernance et les politiques

À l’ère actuelle des objectifs de développement durable, les liens entre la santé, le développement et la collaboration intersectorielle sont plus évidents que jamais. Les défis en santé mondiale, notamment la faible représentation des femmes et l’inégalité persistante entre les hommes et les femmes, les maladies transmissibles et non transmissibles et les effets du climat, du commerce et d’autres politiques sur la santé, ont des conséquences plus dévastatrices dans un contexte de communauté plus mondialisée — une communauté nécessitant des actions durables et coordonnées pour améliorer et préserver la santé et le bien-être.

On entend par action intersectorielle les actions ayant des effets sur la santé et entreprises dans des secteurs autres que celui de la santé, parfois en collaboration avec le secteur de la santé. L’impact de telles collaborations aux plans intra et inter-gouvernementaux est crucial, tout comme la capacité de rendre compte des progrès réalisés dans tous les secteurs et la répartition appropriée des fonds et de l’attention accordée aux politiques et programmes qui permettront aux gouvernements et aux états de réaliser les objectifs de développement durable. La manière dont les organes de gouvernance répondent aux divers appels au changement et s’y préparent de manière proactive, de même que les processus de gouvernance qui contribuent ou nuisent à l’atteinte des résultats souhaités sont cruciaux pour une solide mise en œuvre. Cela inclut la reconnaissance de l’approche « Un monde, une santé » ou pangouvernementale pour la conception et la mise en œuvre de programmes, de politiques, de lois et de recherches dans lesquels plusieurs secteurs communiquent et travaillent ensemble pour obtenir de meilleurs résultats en matière de santé publique.[13]

Les domaines d’intérêt incluraient, sans toutefois s’y limiter :

  • Les objectifs de développement durable des Nations Unies : également appelés objectifs mondiaux, sont un appel universel à l’action pour mettre fin à la pauvreté, protéger la planète et garantir à tous paix et prospérité.[14]
  • Planetary Health/Santé planétaire : une stratégie visant à trouver des solutions aux risques sanitaires posés par une mauvaise gestion de la planète, en influençant les approches et les politiques sanitaires mondiales qui favorisent l’équilibre entre le progrès humain et la durabilité de l’environnement et de la biodiversité.
  • « Un monde, une santé » comme mécanisme de mise en œuvre pour Planetary Health/Santé planétaire

 


[1] Le droit à la santé. Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme. Disponible à : https://www.ohchr.org/documents/publications/factsheet31_fr.pdf

[2]William D. Savedoff,  World Bank, Policy Research Working Paper 5655, Governance in the Health Sector: A Strategy for Measuring Determinants and Performance, Human Development Network Office of the Chief Economist, May 2011

[3] Governance. Health Systems topics. Accessible à : https://www.who.int/healthsystems/topics/stewardship/en/

[4] OMS

[5] RSI. (WHO)

[6] UNICEF

[7] OMS, 2019

[8] Université d’Uppsala, Département de la paix et de la gouvernance. 2019

[9] Siddiqi et al, 2008; Sabri et al, 2007

[12] Akbari, 2014

[13] OMS

[14] Nations Unies